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14/07/2008

J'ai toujours fait en sorte d'être celui qui me connaissait le mieux au monde. Ce genre de choses ne va pas de soi.

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Une minuscule bille qui danse au creux de ma paume : les livres passés et à venir. 

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Nous repeignons le ciel à volonté, de la couleur qui nous chante, privilège des poètes.

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Nous vivons deux fois notre vie, nous vivons notre vie comme très peu de couples l'ont vécue.

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Enfile une veste taillée dans le tissu du ciel : étoffe d'étoiles.

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J'ai passé un accord secret avec le dictionnaire, un accord secret avec la liste des mots.

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J'aime le chemin de ma vie.

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Pendant que j'avance dans le soir, je vois devant moi, marchant à reculons, un homme qui ne cesse de me regarder en souriant, resplendissant : moi-même.

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Comme un moteur à réaction capable d'aspirer l'air ambiant pour le transformer en fiction, inspiration, expiration, il y avait la réalité, il y a à présent du langage, l'ultime convertisseur, la deuxième Bible.

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Tu ne sais pas quel écrivain immense je pourrais être, tu n'es pas à l'intérieur de moi, tu ne vois pas ce que je vois.

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Elle est énorme, et d'un seul bloc, et toute sucrée, comme une fraise géante.

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Parfois, nous avons presque peur de nous retrouver à court de phrases, alors que pourtant nous sommes censés posséder la science des phrases.

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Elle se tient en haut de la montagne et tous les vents lui obéissent.

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Les anges tombent du ciel pour venir se presser sur notre passage et chanter nos prénoms réunis.

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La Nature est un coeur gonflé qui sent la volupté.

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Le gazon soudainement tapissé de pâquerettes jusqu'à être changé en neige.

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Un jour, elle me dit "Plus je te lis, plus je t'aime".

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Dites-moi pourquoi la vie prend soudain cette forme-là et pas une autre.

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Elle possède un corps capable de guérir mon corps

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Des semences de gazon jetées sur son corps, voilà ce que je suis.

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Vous savez quoi ? je suis le vent, personne ne m'emprisonne.

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Je construis ma cabane au paradis.

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Même le sol me craint.

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Ce livre de rêves qui ne fut jamais publié, à la fin duquel le narrateur, emporté par ses mots, prenait feu.

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Tous les autres me traitent comme si j'étais une légende, comme si j'allais mourir bientôt. Ils veulent me pousser hors du monde des vivants. Sauf elle.

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J'ai été désigné.

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Comment mesurer l'amour ?

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Je dois apprendre à mieux peindre le paysage de mes pensées. Actuellement ? le champ de ruines. Demain ? l'amphithéâtre. Hier ? les verts pâturages.

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Je suis mort, et on me prend par la main, et on m'amène au paradis.

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Je reste debout, sans voix, sous une pluie d'étoiles.

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Ma vie est en train de commencer.

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Une femme me donne la clé du ciel, alors je l'introduis dans la serrure et je pousse la porte, et je vois que les anges s'apprêtent à chanter, et la nuit devient jour.

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D'un seul regard je fais sortir des phrases du sol.

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Je serai toujours là. Je me tiendrai toujours ici, âgé de quarante-et-un ans et quelques jours.

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Je sais maintenant qu'on m'accordera autant de temps qu'il sera nécessaire.

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Tout le monde voudrait être à ma place, tous les hommes de la terre voudraient être à ma place.

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J'écrase mon coeur entre mes paumes, je relâche mon étreinte, il explose en feu d'artifices.

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Quand quatre yeux regardent dans la même direction, l'horizon se soumet.

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À chaque seconde de ma vie j'enfonce mes pas, et le sol me répond comme s'il était un sommier; toute la force que j'exerce contre lui, il me la rend au centuple.

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Toutes ces femmes que j'ai manquées, négligées, égarées, oubliées, plus nombreuses que les étoiles du ciel.

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La fille de Zeus elle-même est descendue de l'Olympe pour me guérir.

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J'ai dans la poitrine un trou béant où gravitent des centaines de planètes.

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Elle se déteste, moi je me crois en faute : nous avons tant de choses à nous apprendre.

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Une femme avec un sourire de matin ensoleillé.

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J'ai tellement envie d'elle que mes bras et mes jambes tremblent et battent comme des ailes.

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À mi-chemin de ma vie, elle est arrivée pile à l'heure, exacte au rendez-vous.

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Certains bâtissent des maisons, notre travail à nous c'est de créer des montagnes.

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Tu retournes le disque de ta vie et à la torture succède le rire éternel. Pile, face.

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En dix secondes je suis nu et je me jette dans la mer avec elle, les paroles nous submergent, j'ai sa main dans ma main.

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Mon corps est une maison.

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Nous courons si vite, elle et moi, que le reste de la foule semble s'être statufié.

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Chaque matin, je me lève et la manne est là sur le sol, au pied du lit.

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Je marche calmement dans l'été, j'ai le soleil dans mon dos.

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Nous nous sommes assis sur le trône du monde, nous nous le sommes partagé, elle règne sur l'hémisphère sud, je règne sur l'hémisphère nord, mes yeux tournés vers le ciel, ses yeux tournés vers le sol. Nos oreilles se touchent.

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Je ne dois jamais m'écarter du chemin de ma vie : je connais d'instinct son tracé.

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L'obscurité me berce jusqu'à ce que mes paupières se ferment.

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J'ai pris place dans un ascenseur qui ne s'arrête plus de monter.

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Tout ça fait sourire les arbres.

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On ne veut qu'une seule chose : vivre dans la bulle de l'amour, demeurer au fond de l'eau. Le reste n'a aucune importance.

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Un lieu qui ressemble en tous points à celui-ci, mais où tout le monde est mort sauf nous deux.

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Si j'avais des yeux derrière la tête, tout serait plus simple : je verrai en permanence à la fois d'où je viens et où je vais.

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Actuellement, je souffre parce que tout l'intérieur de mon corps tremble. Il tremble parce qu'on est en train de me déplacer. Ensuite, on ouvrira le cercueil et je serai libéré.

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Le sablier ne dort jamais.

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Le jour où je serai mort, j'aurai tout le loisir d'hésiter.

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Je fonce à toute allure, je ne sais pas où je vais, mais je sais que quel que soit le lieu d'arrivée, ce sera bien.

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La lumière attire la lumière.

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Celui ou celle qui sait avoir la capacité de voyager dans l'espace et le temps, finit toujours par sauter le pas et par le faire.

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Elle pense encore à moi, je pense encore à elle, pas évident de détourner les fleuves.

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Comme un mutant capable de réaliser la fusion entre les caractères imprimés et les corps humains.

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Je ne suis chez moi, je ne suis avec mes semblables, que lorsque je me trouve au milieu des mots.

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Elle est le coeur de mon coeur, le centre de la cible.

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Quelle oreille, de nos jours, sait entendre les auteurs différents ? Avoir une oreille qui sait lire sur les lèvres.

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La littérature est en train de me donner ce que les éditeurs n'ont pas voulu m'accorder.

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Combien ai-je rencontré de femmes écrivains jusqu'ici dans ma vie ? quatre. Combien m'ont plu immédiatement ? quatre.

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Elle m'a poussé dans le vide et je n'en finis pas de tomber. La chute est un beau voyage.

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Si je m'arrête de parler un instant, je meurs.

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Les femmes se chargent de me faire écrire jour et nuit, le bonheur comme le malheur.

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Je vais dévorer mon propre corps. Je lui avais proposé de grignoter des morceaux de ma chair, mais elle a préféré me les laisser.

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Je fabrique un moteur qui transforme la haine en amour et la colère en poésie.

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La vie tiède, la vie du mensonge, cette voie qu'ils préfèrent en lieu et place de la vie du trou, la vie de la vérité. Ils détournent tous les yeux du miroir.

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Les écrivains ? plus nous échouons dans notre vie privée, plus nous réussissons dans nos livres; l'inverse n'est pas vrai.

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Entre elle et moi, l'irréductible solidarité des génies conscients d'eux-mêmes.

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Tout mon être s'illumine : tu as changé mon sang en vin.

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J'ai en moi une partie de toi-même, reprends ce qui t'appartient.

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Je ne suis plus que du petit bois et tes flammes me dévorent.

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Obligé de me battre jusqu'à la fin de mes jours, jusqu'à mon dernier souffle.

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Les moments où je me vois comme un personnage extérieur : mon double me parle depuis l'autre rive.

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Des milliers de lettres m'aident à me déplacer, se glissent entre le sol et mes semelles, et me font glisser souplement comme un tapis qui se déroule.

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Je sais où je vais, personne ne m'arrêtera, j'ai mon propre agenda, mes propres objectifs.

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Aucun homme n'a des oreilles aussi grandes que les miennes lorsqu'il s'agit d'écouter ce qu'elle dit.

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Un jour de plus, mais pas n'importe quel jour.

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Le monde est un gâteau dans lequel tu as le droit de croquer.

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Dieu s'est déplacé en personne.

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Bienvenue sur la terre promise.

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Les gens qui se détestent eux-mêmes (parfois de grands artistes ou de grands génies). Les aider comme on m'a aidé.

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D'un seul trait à main levée, elle a fait naître cent visages.

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Cette nuit, les étoiles se mettent à briller en couleur : roses, bleues, vertes, jaunes, violettes.

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Je jongle avec trois vies.

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Amis souterrains, chatouillez-moi le dos et le cou, les chevilles et les mollets, les coudes et la poitrine.

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Mon corps flotte tout seul sans effort, il dérive au gré des courants quelque part au milieu de l'Atlantique. Sous moi : l'eau; sur moi : le ciel.

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Si j'ai la certitude d'être aimé par une femme, n'importe laquelle, alors je deviens éternel. L'autre solution, c'est d'écrire des livres.

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Je suis une surprise.

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La vie, c'est un grand escalier que je grimpe quatre à quatre sans jamais m'arrêter, sans avoir le droit de reprendre mon souffle. Les tempêtes se déchaînent en série, pas une éclaircie, pas de ciel bleu, pas de soleil, pas une fleur, pas un pré, rien.

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Je négocie avec le ciel.

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Actuellement, je fabrique de nouveaux mots qui rejoindront bientôt leurs frères et iront conquérir tous les pays limitrophes. Mon livre recouvrira la planète comme un gazon sucré.

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Une femme descendra du ciel et me remontera avec elle.

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Je ne dois pas me laisser distraire par les doux visages du passé, je dois écouter ma main, celle qui écrit : si elle écrit bien, c'est que je suis sur la bonne voie.

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J'échange ma douleur contre quelques mots du dictionnaire qui ne me coûtent pas un centime.

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Bienvenue en enfer.

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Les branches des arbres s'inclinent vers le sol à son passage, par respect pour son courage.

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Je veux tordre l'Univers pour qu'elle puisse enfin épouser la forme du monde, qu'elle s'y coule sans effort, comme dans un moule. J'y arriverai car j'ai d'immenses pouvoirs.

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Mon coeur repose à l'intérieur de son corps.

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Je suis la personne que j'attendais. Je suis la meilleure chose qui me soit jamais arrivée.

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Je deviendrai son oxygène.

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Pourquoi les autres disent-ils que je suis lumineux ? Parce que j'ai à l'intérieur du crâne une lampe que je ne parviens pas à éteindre.

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Je nage dans mes nuits avec bonheur.

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Le coeur des étoiles bat pour moi, les étoiles brillent pour moi.

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Nous, les hommes et les femmes, nous sommes prêts à faire n'importe quoi ensemble pour obtenir un gramme d'éternité.

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Je tapisserai de velours l'intérieur de son corps.

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Tous les dieux se sont ligués contre elle. Mais mes pouvoirs sont puissants. Et mon amour ne faiblit pas.

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Le temps joue pour moi, il me tricote une armure de souvenirs.

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Chaque nuit, je parcours dans mon lit des centaines de kilomètres. C'est pour ça qu'en me réveillant au matin je suis si fatigué.

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Je me vois depuis le passé.

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L'immense espace de manque, le cratère qu'elle creuse lorsqu'elle n'est pas là.

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La vie m'a retourné comme un gant, en quelques heures seulement.

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N'être que liberté.

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J'ai couché avec presque toutes les femmes du monde, puis j'ai décidé de ne plus jamais me réveiller.

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Une bonne oreille peut entendre à des kilomètres et à des années de distance.

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J'ai une bouche qui parle toute seule, même pendant mon sommeil.

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Je ne suis pas prêt d'avoir dit mon dernier mot.

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Ce texte est une oeuvre de fiction. Toute ressemblance
avec des personnages ou des faits réels
serait donc le fruit du hasard.
Ce texte est
© Marc Pautrel



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