Carnet

 

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30/04/2007

Idée de texte : je saute en parachute, je m'élance de l'avion avec les autres, mais rapidement je réalise que mon parachute ne fonctionne pas, ni le dorsal ni le ventral de secours, et je tombe comme une pierre.

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Privé de parachute, je descend beaucoup plus vite que les autres sauteurs, là-haut ils se balancent tous pendus sous leur grand parasol, tous sauf moi. Alors, je vois un petit point dans le ciel à la même hauteur que moi et qui chute également à la même vitesse que moi, il se rapproche, c'est une femme, qui elle aussi descend sans parachute, le vent nous réunit, nous tendons les bras l'un vers l'autre, nous nous saisissons, la chute dure encore longtemps, très longtemps, de longues heures, on jurerait de longues semaines, de longues années, le rêve prend fin, je me réveille en criant.

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Encore un effort : amuse-toi jusqu'à ce que tes os fassent de la musique.

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29/04/2007

Tu te retrouves comme roué de coups puis laissé pour mort.

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« La main qui voulait me repousser sentait battre mon coeur » (Vivant Denon).

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Je joue avec le feu; je ne peux pas venir ensuite me plaindre de m'être brûlé.

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Un bon principe dans la vie : savoir compter sur ses doigts.

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28/04/2007

Si je ne suis pas capable, par mes mots, de guérir les malades, alors c'est que je ne suis pas un écrivain.

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Dieu ne m'aime pas, je le vois bien. (vite, relire les Psaumes !)

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Il y avait un combat entre moi et le monde, et ce combat je l'ai gagné; mais le monde veut sa revanche.

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27/04/2007

Tu ne te trompes pas : tu es bien au bon endroit. Laozi le dit : « Celui qui ne s'écarte pas de sa juste place subsiste longtemps; mourir sans périr, c'est la longévité ».

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J'ai une armée de mots derrière moi. Des millions de fantassins composés de lettres me protègent et vont me permettre de conquérir toutes ces contrées hostiles. Mes mots sont invisibles mais il me suffira d'ouvrir les bras pour que leur multitude apparaisse sur la plaine. Je serai à leur tête; ils recevront mes ordres par la pensée, les batailles seront si rapides qu'aucun ennemi n'aura le temps de comprendre, ni de se défendre, ni d'ailleurs de mourir.

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« À chaque être, plusieurs autres vies me semblaient dues » (Rimbaud).

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26/04/2007

« Je fabrique tout seul mon électricité » (Proust).

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Elle frappe une fois dans ses mains et le soleil se couche immédiatement; elle frappe à nouveau dans ses mains et le soleil jaillit, tue la nuit et va se percher à la verticale de cette femme. Aphrodite !

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Toute ma vie n'est faite que de prophéties.

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25/04/2007

Il va bientôt être temps de sauter à nouveau dans le vide.

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« Au soleil du sommeil ! » (Thomas A. Ravier).

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La main de Dieu sort des nuages et écrit sur le ciel les deux noms réunis, et ces lettres s'imposent à tous les temps.

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24/04/2007

Je ne me laisserai pas faire.

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Idée de texte : le monde est soudainement envahi de fleurs azurées : iris, campanules, myosotis, violettes, lavandes, bleuets, qui vont jusqu'à remplir la totalité du champ de vision.

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23/04/2007

Vous avez devant vous le dictionnaire, un stylo et une rame de papier. À partir de là, vous êtes tout seul, et soit vous êtes capable de changer votre vie par les mots, soit vous êtes d'ores et déjà un cadavre allongé dans un cercueil.

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Le professeur à ses élèves : « Vous savez où vous en êtes, mais on ne vous dit pas où vous allez ».

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Expression : « Take it easy! » (Détendez-vous !)

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Je correspond parfaitement à la définition de l'imbécile heureux.

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22/04/2007

Dialogue :

— Quelle carte jouez-vous ?

— La carte du ciel (je connais bien les rues du ciel).

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Difficile d'écrire ces jours-ci, car toutes mes pensées suivies sont détournées et mobilisées contre mon gré pour la seule élaboration d'un plan qui prenne place non pas sur le papier mais dans la réalité. Mon cerveau ne m'obéit plus, il me vole mes forces et mes dons de logicien.

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« Alors Phébus avec son char de cristal enferma dans les eaux le jour clair, laissant à sa soeur le soin d'éclairer le vaste monde, tandis qu'il prendrait du repos » (Camões).

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21/04/2007

Un jour, au milieu du chemin de ta vie, un étrange facteur à l'apparence éblouissante sonne à ta porte : il vient te livrer un colis envoyé par le Ciel.

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« Nous savons tous à quel jeu nous jouons, nous savons tous quels en sont les enjeux, et si vous n'êtes pas fait pour ce sport, sortez du terrain immédiatement ! » (entendu à la télévision, dans une série de science-fiction).

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Je suis si heureux, que l'intérieur de mon corps, ma poitrine, mes jambes et mes bras, me donnent l'impression d'être constitués de clafoutis aux pommes. Dans chacune de mes veines circule de la musique.

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« Mazel et bracha ! » (chance et bénédiction !)

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20/04/2007

En résumé ? une pleine poignée de diamants taillés.

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Un ancien directeur de la première agence d'espionnage mondiale : « N'oubliez jamais une chose : tout ce que vous savez peut être un mensonge ».

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Boutade : je lis le Duc de Saint-Simon pendant une heure et je n'ose plus écrire pendant deux semaines.

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In the spring, nothing like morning.

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19/04/2007

Avant, je progressais à cloche-pied; maintenant, je marche sur mes deux jambes. D'ici quelques semaines, j'aurai appris à courir, à sauter, à danser.

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La réalité et la vérité sont des mondes très durs, insupportables pour un bonhomme aussi fragile que moi. Je n'ai eu jusqu'ici qu'un seul ami : le dictionnaire, et il s'agissait d'un objet.

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« Ne fais pas semblant, s'il te plaît, non, ne cherche pas à me nier, ça ne peut pas marcher, réfléchis deux secondes. Les organes, tu sens bien, c'est moi qui les contrôle » (Chloé Delaume).

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La solution existe sûrement quelque part. Je n'ai pas assez cherché, je n'ai pas fouillé tous les recoins de cette planète.

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18/04/2007

Je ne demande pourtant pas grand chose.

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J'ai peur, parfois, que toute la réalité en laquelle je croyais ne soit en fait que du vent. Tu étais persuadé que cela était réel mais il n'y avait que du sable, et à présent il ne te reste rien d'autre que des mots.

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« Fais que j'entende au matin ton amour, / car je compte sur toi; / fais que je sache la route à suivre, / car vers toi j'élève mon âme » (Psaume 143).

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17/04/2007

« Je suis l'océan de l'infinie Félicité, et c'est en moi / Qu'au souffle capricieux de maya, s'élèvent ou s'apaisent toutes les vagues de l'univers » (Le plus beau fleuron de la discrimination).

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Je suis la chance de ta vie. (se répéter cette phrase cinq fois par jour)

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Quand elle a longé la lisière et a frôlé les arbres, tous les animaux de la forêt se sont approchés, et immobiles, fascinés, admiratifs, l'ont regardée passer. Instinctivement, et sans comprendre pourquoi, ils aimaient cette femme.

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16/04/2007

Actuellement, ma vie est tellement facile, et douce, et joyeuse, que c'est comme si je trichais.

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« Tes grandes visions étranglaient ta parole / — Et l'Infini terrible effara ton oeil bleu ! » (Rimbaud).

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Nous mangeons tous, buvons et parlons encore, nous rions et nous nous racontons des histoires inventées, des blagues, des aventures inouïes, nous fabulons chacun notre tour devant les autres, nous chantons en buvant, nous discutons encore à quelques uns, jusque tard dans la nuit, à l'abri d'un crépuscule qui ne passe pas, soleil de minuit éternel, nuits blanches lointaines comme personne n'en a jamais connu sur la Terre. Ainsi soit-il.

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15/04/2007

Tu as été transformé en épi de blé et le vent léger te fait danser dans le soir. Rien d'autre à faire dans ta journée que grandir et accepter les décrets des éléments, pluie, vent, soleil, et papillons de nuit.

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Expression — je l'invente à l'instant — : « avoir l'oreille de Dieu » (au moins une des prières que l'on a faites est exaucée).

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Idée de texte : la nuit, le héros caché le long d'une autoroute; les voitures passent à toute vitesse à quelques mètres de lui, une toutes les quinze secondes dans un vrombissement incroyable, et entre temps le tic-tac nocturne des grillons; aucune lune, seulement les phares éblouissants à intervalles réguliers, suivis des feux arrière écarlates que la nuit engloutit dans le lointain.

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« Où la jeune prêtresse, amoureuse des fleurs, / Allait, le corps brûlé de secrètes chaleurs, / Entre-bâillant sa robe aux brises passagères » (Baudelaire).

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14/04/2007

« Garde toujours des forces en réserve, afin que nul ne puisse connaître les limites de ton pouvoir » (Mazarin).

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Les pensées se succèdent tellement vite dans mon cerveau que je crois que je vais devenir fou, que la merveilleuse machine va s'emballer.

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Tu t'ennuies, aussi tu décides d'écrire un petit livre — vieille habitude de l'enfance : ne jamais s'ennuyer, il y a toujours quelque chose à construire —.

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13/04/2007

Ma vie, dorénavant, tourne dans le sens inverse des aiguilles d'une montre : plus le temps passe et plus je rajeunis.

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Là où je vais, le rire est roi.

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Partir, c'est emmener le monde avec soi, comme si on tirait la nappe et que tout le reste suivait. Lorsque vous voyagez en train, que vous voyez par la fenêtre les plaines glisser les unes après les autres, ce ne sont pas les wagons qui se déplacent, c'est le paysage qui bouge, c'est lui qui tourne autour de vous, vous êtes le centre de l'Univers, vous êtes immobile et les mondes défilent, et le seul monde qui vous appartienne c'est votre monde portatif.

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12/04/2007

Seule la victoire est belle.

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Voilà, je reprends la route, je change de vie. Mon sac à dos sur les épaules et mes pataugas aux pieds, la casquette sur la tête, les lunettes fumées sur le nez, je m'élance. Petite histoire deviendra grande.

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Je meurs heureux si je meurs amoureux.

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11/04/2007

« La Folie et l'Amour jouaient un jour ensemble » (La Fontaine).

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« Le monde est vieux, dit-on, je le crois; cependant / Il le faut amuser encor comme un enfant » (La Fontaine, Le pouvoir des fables).

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Je ne m'en sortirai jamais si le Ciel d'un claquement de doigts ne convertit la nature et les êtres pour me les rendre favorables.

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Tu grimpes un escalier qui n'a pas de fin et tu mourras sans pouvoir toucher au but.

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« Truth takes time » — la vérité met du temps à apparaître  —  (entendu à la télévision).

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10/04/2007

Comme les chats, les écrivains ont neuf vies. Ils ne meurent jamais complètement, ils ressuscitent toujours.

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Entendu à la télévision : « Je me heurte à la dure réalité des circonstances présentes ».

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Ce matin, douce odeur de résine dans les rues désertes de Bordeaux.

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On est en train de me greffer dans la poitrine un deuxième coeur, et ces deux coeurs battront en symétrie.

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09/04/2007

Le lion ailé de Saint Marc, symbole de force, est l'emblème de Venise. « Pax tibi Marce Evangelista meus », Que la paix soit avec toi, Marc, mon évangéliste : le livre ouvert sous la patte du lion est un geste de paix. Pour moi il sera bientôt temps de retourner là-bas, au bord de la lagune.

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Elle plane si haut dans le ciel que je la distingue à peine.

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08/04/2007

Je suis assis sur mon nuage.

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Je lis les heures et les semaines prochaines comme un livre déjà écrit, j'ai la certitude que tout va réussir, que j'atteindrai enfin mon but dès que le temps se sera écoulé. Je connais mon avenir. J'ai peut-être tort, mais c'est comme ça.

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Idée de texte : un homme dont le visage contient des dizaines d'yeux.

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Dans chacun de ses yeux il y a des galaxies.

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« Tels qu'un dieu aux énormes yeux bleus et aux formes de neige, la mer et le ciel attirent aux terrasses de marbre la foule des jeunes et fortes roses » (Rimbaud).

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07/04/2007

Sous les rayons du soleil, soudain une pluie fine se met à tomber; elle n'est pas composée d'eau mais de millions de petits cris de joie, tous différents et simultanés.

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Je sais que je suis une légende.

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Le 23 novembre 1654, en milieu de soirée, l'immense philosophe et écrivain Blaise Pascal est visité par Dieu qui demeure avec lui deux longues heures. Et Pascal note : « Feu », « Certitude. Certitude. Sentiment. Joie. Paix. », « Joie, joie, joie, pleurs de joie », « Que je n'en sois pas séparé éternellement », « Que je n'en sois jamais séparé », « Éternellement en joie pour un jour d'exercice sur la terre. »

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Encore une fois les yeux dans les yeux avec les mots : « Certitude. Certitude. Sentiment. Joie. Paix. ».

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06/04/2007

S'il faut renoncer à mon nom, à mon prénom, à tout ce que je connais, à mes pouvoirs littéraires, à tout ce que j'ai écrit et pourrais encore écrire, pour obtenir cela, alors je renonce immédiatement, sans la moindre hésitation. Mais je sais qu'il est trop tard, je sais que la Littérature n'a pas prévu de marche arrière : on ne peut plus remettre les mots dans le dictionnaire une fois qu'on les en a sortis.

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Entendu dans une conversation, en pleine rue, de la part d'un homme très âgé mais guilleret : « Que je tue le temps ici ou qu'il me tue ailleurs, c'est pareil ! »

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Le seul hymne national qui me fasse pleurer ? celui de mon pays : « God save our gracious Queen / Long live our noble Queen / God save the Queen / Send her victorious / Happy and glorious / Long to reign over us / God save the Queen. »

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05/04/2007

Idée de texte : un déserteur. C'est la nuit, il a abandonné son régiment en pleine guerre, il sait qu'il sera retrouvé un jour, au bout du monde, arrêté, jugé et fusillé. Pour l'instant, il court, il reste vivant quelques jours et quelques semaines de plus, il gagne du temps, il vole une poignée de battements de coeur.

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Entendu à la télévision : « Vous voulez du tact ? engagez un tacticien ! ».

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Pour que je réussisse, il faut que la Terre, ne serait-ce que quelques secondes, se mette à tourner dans l'autre sens. Rien de moins.

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Les petites armoiries de cette ville, dites aussi "Chiffre de Bordeaux" : trois croissants entrelacés, comme le croissant de Lune que dessine le fleuve. Surnom du port de Bordeaux ? le "Port de la Lune"; clin d'oeil involontaire à Jules Verne.

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04/04/2007

J'ai pris ma décision. J'ai trouvé la solution. J'ai réglé tous mes problèmes. On va trancher dans le vif, couper les ponts et repartir de zéro. La technologie va m'aider à m'en sortir et vivre enfin ma vraie vie, non pas ma vie amoindrie mais ma vie totale et merveilleuse, une vie de délices, ma vie à ma vraie place. Peut-être est-il temps pour moi de prendre quelques risques.

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Je sens que mon corps d'écrivain est en train d'acquérir de nouveaux pouvoirs.

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« Le papier a plus de patience que les gens » (Anne Frank, 20/6/1942).

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03/04/2007

F comme fée.

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Il faut toujours un point d'origine, et le point d'origine est cette ville. Tout le monde croit que le centre du monde est New York, ou Beijing, ou Londres, ou Paris, ou Tokyo, alors que c'est Bordeaux. J'ai les preuves.

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« Ses nuits tuaient ses jours » (Jules Michelet, parlant de Mirabeau).

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J'ai l'impression que tous les êtres humains passent des vacances sur la Terre, sauf moi.

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02/04/2007

Si tu étais un homme sage, tu accepterais le monde tel qu'il t'est donné. Mais tu es capricieux, tu es un mauvais homme.

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Je suis diaboliquement fort en défense et en contre-attaque.

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« Au moment où Moïse allait fendre la mer, celle-ci refusa en disant : "Il faudrait que je me fende devant toi ? Je suis plus grande que toi car j'ai été créée le troisième jour, et toi le sixième seulement." Comme il l'avait entendue, Moïse allait dire au Saint, béni soit-Il : "La mer refuse d'être fendue." Que fit l'Eternel, béni soit-Il ? Il se tint à la droite de Moïse; aussitôt, en Le voyant, la mer se mit à fuir... » (Paracha Bechalah).

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01/04/2007

Ma colère est si forte qu'elle serait de taille à éteindre le soleil.

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Je devrais être mort à l'heure qu'il est, mais je cours plus vite que la vie.

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« Si nous, les ombres que nous sommes, / Vous avons un peu outragés, / Dites-vous pour tout arranger / Que vous venez de faire un somme / Avec des rêves partagés » (Shakespeare, Le Songe d'une nuit d'été).

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31/03/2007

Qu'elle vous donne un sourire, et votre journée est gagnée.

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J'ai cru mourir mille fois.

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Un homme déprimé; il lance soudain : « Je veux que ma vie soit réussie » (entendu à la télévision).

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« Le jeu continue; et nous sommes chaque jour plus sûr de le mener comme il faut » (Guy Debord).

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30/03/2007

Derrière le rideau de l'horizon il y a quelque chose; au bout de l'océan tout s'arrête et en se tenant sur le rebord, au-dessus du vide, je sais qu'on peut voir un monde plus clair, absolument différent, qui change radicalement de tout ce que j'ai connu jusqu'ici. La chance m'a donné accès au maximum de cette planète et ce maximum ne me comblait pas. Comme si j'avais définitivement le ventre plus grand que les yeux. Mais il faudra quand même que j'en aie le coeur net.

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« Les choses sont toujours plus complexes que le langage immédiat » (Christine Angot, Rendez-vous).

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En fait, je pense que je suis une machine (travailler tout le temps, écrire, penser, écrire, penser).

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29/03/2007

Je regarde autour de moi, je me dis "Où est Marc ?", je cherche mais je ne le vois pas, je ne vois que ses mains, ses bras et ses jambes. Je ne vois jamais Marc, sauf parfois dans la salle de bains : il est là devant moi dans le mur, juste au-dessus du lavabo.

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Je me battrai jusqu'à ma mort. Sans arrêt. Jusqu'à ma mort et même après.

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Time is on my side. De toutes façons, le temps joue pour moi.

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28/03/2007

« Bientôt tu auras tout oublié; bientôt tous t'auront oublié » (Marc Aurèle).

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Mais moi j'ai eu droit à une deuxième chance, et j'ai pu revenir jusqu'ici.

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Je n'ai peur de personne; je n'ai peur que des animaux, parce qu'avec les animaux on ne peut pas discuter (en particulier les chiens dangereux, Rottweilers, Pitbulls, Dobermanns).

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27/03/2007

Tout ce que j'ai est à toi.

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Dialogue entendu à la télévision :
LUI (amnésique).  — Mon plus vieux souvenir remonte à quinze jours.
ELLE.  — Quelle chance !

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Dès que le danger s'annonce à l'horizon, le velours dont son corps est fait se recouvre d'une enveloppe d'écailles qui forme un bouclier.

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26/03/2007

Des forces colossales sont à l'oeuvre autour de moi; certaines veulent ma disparition, d'autres veulent mon immortalité et me protègent contre les premières. Elles s'affrontent pour ma conquête; bataille de Titans, et moi petite brindille au milieu du cataclysme.

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Expression : « Il s'est pris le mur » (il a subi un échec).

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J'ai comme perdu la vue. Une trappe s'est ouverte sous mes pieds, et je sens que je tombe, je tombe, je tombe, je chute à grande vitesse, à la verticale, les pieds les premiers, je m'en vais, en fait non, je glisse, je descends dans un tube, je suis emporté dans le siphon, le centre de la terre m'attire, je suis happé par le dessous des choses, maintenant toujours plus dessous par-dessous, happé par le sens caché qui sous-tend tout. Tout le monde a vécu ça, non ?

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« Une alouette s'élève  —  / je respire la brume / je marche sur les nuages ! » (Shiki).

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25/03/2007

Bordeaux est cachée derrière une lourde porte. Tu introduis la clef, tu la tournes, les anges se mettent à chanter, les battants s'ouvrent.

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Une mésange posée sur une branche (au premier mouvement brusque elle s'envole).

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« La profusion des bienheureux  —  Dieu verse à boire aux bienheureux en telle profusion / Qu'ils sont dans la boisson plus qu'elle n'est en eux » (Angelus Silesius).

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Beaucoup de lumière dans les yeux.

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24/03/2007

On croit que je ne suis pas sincère. Et pourtant. Ce que je dis pèse.

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Quel est mon âge ? Je pense que mes parents m'ont menti, que je ne suis pas né en 1967, mais plutôt en 1977, ou en 1987.

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« Il veut conquérir un pays que personne n'a encore possédé ni même vu » (Nietzsche, La gaya scienza).

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23/03/2007

« La Muse, elle, assemble l'or avec l'ivoire blanc et la fleur du lys qu'elle a soustraite à la rosée marine » (Pindare).

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« Ductile : qui peut être allongé, étendu, étiré » (dictionnaire Petit Robert).

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Combien y a-t-il de personnes qui lisent et apprécient mes textes ? si je compte bien, à part moi, aucune. Et pour dire vrai, je n'apprécie pas ce que j'écris, et la plupart du temps, je ne le lis pas. Nous avons donc là un écrivain dont les phrases ne sont lues par personne; il s'agit probablement de langage autonome : ces phrases se lisent elle-mêmes.

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« Deux visages semblables, dont aucun ne fait rire en particulier, font rire ensemble par leur ressemblance » (Pascal).

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22/03/2007

Le dieu Molière, qui fait ainsi se présenter une servante dans Le Bourgeois Gentilhomme : « Bonjour. Je suis une ambassadrice de joie ».

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La théorie selon laquelle ce seraient les autres qui vivraient dans la vraie vie et moi qui évoluerais dans un monde strictement imaginaire, est de plus en plus sujette à caution.

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Soudain, en lisant à mon bureau, j'étends les bras sur les côtés, paumes vers le sol, comme si j'avais deux ailes d'avion et que j'allais décoller.

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21/03/2007

« Je ne suis pas aussi éternel ni infini, mais je vois bien qu'il y a dans la nature un être nécessaire, éternel et infini » (Pascal).

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Les mots le suivent partout où il va, ondulant dans son sillage comme la queue d'un félin.

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Si je n'étais pas si curieux, à présent je pourrai mourir en paix; mais mourir n'est pas une bonne idée, une fois mort on se coupe de beaucoup trop de choses, on rate des occasions d'assister encore aux divertissements locaux, dans le bouillonnement des humains qui ne dorment jamais totalement, eux dont le coeur, dès qu'il a commencé à battre ne s'arrête plus jamais jusqu'à la fin dans un seul but : obtenir ce qu'ils désirent. Le Globe dans sa ronde, finalement.

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20/03/2007

Le problème, c'est que question femmes, j'ai des ambitions en décalage avec mes moyens.

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« Elle rouvre l'un des quotidiens, jette un coup d'oeil en douce sur l'horoscope, Meyer n'ose pas lui demander de lire le sien. Il a tort. Il devrait » (Jean Echenoz, Nous trois).

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Il faut travailler plus, bien plus. Trop d'heures passées à faire autre chose qu'écrire, dormir, lire, ou marcher.

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19/03/2007

Je ne peux pas cacher une certaine inquiétude quant à mon avenir.

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Une cuillerée de Proust matin, midi et soir. Vous pouvez dépasser les doses prescrites. Ne stoppez le traitement que lorsque le moral remonte; cela peut varier selon les personnes, certaines trois jours, certaines un mois.

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Expression : « Partir en freestyle » (se mettre à faire n'importe quoi).

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« C'est pourquoi celui qui agit selon la Voie, s'identifie avec la Voie. Quand il réussit, il s'identifie avec le succès; quand il échoue, il s'identifie avec l'échec » (Laozi).

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18/03/2007

Je me réveille. « Je te rends grâce, Roi vivant et éternel, de m'avoir, dans Ton Amour, rendu mon âme; grande est Ta Fidélité ».

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Qu'on me tende la main, je la prendrai aussitôt, je serai hissé, et je serai enfin sauvé.

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« Quarante jours avant la naissance de l'enfant, une Voix divine annonce avec qui il se mariera » (Talmud).

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17/03/2007

« Autrefois, car il me semble qu'il y a plutôt des années que des semaines, j'étais un homme comme un autre homme. Chaque jour, chaque heure, chaque minute avait son idée. Mon esprit, jeune et riche, était plein de fantaisies » (Victor Hugo).

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Qui suis-je ? Quel est mon désir ? Il me suffit de savoir l'identifier pour qu'il soit aussitôt exaucé. Je suis un être humain, je suis Marc, et j'ai tous pouvoirs sur moi-même. He dicho.

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Le monde est plus léger qu'une plume et il repose sur ma paume.

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16/03/2007

On m'a volé ma vie. Je suis en train d'essayer de la racheter.

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Expression : « Il a la tête qui fuit » (il devient gâteux).

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On ne peut pas dire que je suis étouffé sous les encouragements.

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15/03/2007

« La mémoire ne peut se retourner aussi loin sur elle-même, si autrui ne la guide » (Dante se rappelant de Béatrice, traduction J. Risset).

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Ecoute bien, tu changes de méthode : maintenant tu relis le matin ce que tu as écrit les jours d'avant. Tu dois écrire un jour sur trois, et les deux autres jours te contenter de te relire. Relire le livre que tu es en train d'écrire un si grand nombre de fois que tu le connaîtras par coeur.

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« — Qu'est-ce que vous voulez ?
— Mon visage sur un billet de banque »
(entendu à la télévision).

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14/03/2007

Là où elle se tient, les rayons du soleil sont plus vifs, privilège des déesses.

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« Belle comme Tirça, gracieuse comme Jérusalem, imposante comme une armée aux enseignes déployées » (Cantique des cantiques, 6, 4).

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Expression : « marcher sur des oeufs ».

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Le monde s'éclaircit lentement, le ciel devient de plus en plus lumineux, terriblement blanc, la lumière est éblouissante, elle emporte tout comme un torrent furieux, l'existant disparaît dans l'éclat insoutenable. Puis les choses se calment et la réalité nouvelle de cette ville monte, comme si rien ne s'était passé. Cela ressemble à un témoignage ? C'en est un.

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13/03/2007

« Les étoiles semblant étinceler, mais en train de s'éteindre » (Thomas A. Ravier, Au bord de l'amer).

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Ravier, qui vit à Stockholm, a raison : pour un écrivain de langue française, il faut vivre à l'étranger. Moi aussi je vis à l'étranger : je vis à Bordeaux.

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Le Président, lors de son ultime allocution télévisée, qui soudain lâche la rampe et lance à ses compatriotes : « Pas un instant vous n'avez cessé d'habiter mon coeur ».

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12/03/2007

Idée de texte : un personnage qui se promène dans les rues de sa ville pour explorer les méandres de son cerveau; il dresse le plan de sa cité céleste (Modiano y a pensé). Qui a fait l'inverse ? quand Paris a le baron Haussmann, Bordeaux a l'intendant Tourny.

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« Tu dois être le ciel  —  Tu n'iras pas au ciel (pourquoi tant t'agiter), / Si tu n'es pas d'abord toi-même un ciel vivant » (Angelus Silesius).

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Entendu à la télévision : « Tout ce qui a été égaré est appelé à être retrouvé ».

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11/03/2007

Pour vivre, je suis obligé de me battre chaque jour comme un chien enragé. Mon atout ? je n'ai aucune mémoire des coups.

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« Il tombait du ciel des fleurs de lotus grosses comme des maisons » (Chroniques de l'étrange chinoises).

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10/03/2007

Nous vivons là un moment éternel, c'est agréable.

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Devant mes récits, le sommeil lourd de tous les éditeurs sauf un. On les entendrait ronfler à l'autre bout de la planète. Ils ont des yeux mais ils ne voient pas. Alors, j'avance la paume au-dessus de leur tête comme pour les bénir, je leur transmets ici l'Esprit qui leur donnera des yeux nouveaux pour lire enfin. Je leur accorde ici le don des couleurs.

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09/03/2007

Je me suis réveillé au milieu de mon rêve et le message était clair comme une eau de fontaine, je savais quoi faire, tout était simple, je n'avais qu'à répéter les mêmes gestes et tout se déroulerait dans le monde réel comme dans le rêve. Voilà, le programme a été écrit et à présent je l'applique.

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Je ne peux pas non plus faire tout le temps la guerre à tout le monde.

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La lettre A, répétée un milliard de fois. Pareil avec la lettre Z, puis avec toutes les autres.

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08/03/2007

Devises. Montaigne se demande "Que sais-je ?" et moi je me demande "Que deviens-tu ?"

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Lettre de Vauvenargues à Voltaire (22/04/1743) : « La gloire d'un homme comme vous est à n'être plus loué, et à dispenser les éloges ».

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Entendu à la télévision, un homme politique âgé, parlant d'un autre homme politique âgé : « Lui, c'est un bulldozer, il avance, il avance, rien ne l'arrête, il déblaye le terrain ».

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07/03/2007

La nuit, les femmes que j'ai aimé dorment elles aussi, mais ailleurs.

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« Heureux trois fois et davantage ceux qu'unit un indissoluble lien » (Horace).

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06/03/2007

Je sais qu'à la fin je gagnerai; je veux dire : j'ai gagné. Mais d'ici que le moment soit enfin là, ça va être la course sans répit, ne jamais pouvoir souffler, ne jamais pouvoir dormir.

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Tout me semble devenu si obscur, flou, mêlé, grisé, ombré, une sorte de brouillard noir, une fumée épaisse que mes yeux percent de plus en plus difficilement. Je ne vois plus où je vais, j'avance maintenant en pleine nuit vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Comment disait Simon Rouvray, déjà ? ah oui : publication permanente.

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« Or, Haggaï, envoyé de l'Eternel, en vertu de sa mission divine, parla au peuple en ces termes : "Je serai avec vous" dit l'Eternel » (Aggée 1,13). Plus tard, reprise dans Matthieu, 28, 20 : « Je serai toujours avec vous » (version Louis-Isaac Lemaître de Sacy).

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05/03/2007

Parfois, je bois exprès de mauvais vins pour rompre la monotonie.

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« Echanger les places de l'hôte et de l'invité — Chercher la faille, / et s'introduire progressivement / jusqu'au centre de décision. — Le Yijing dit : " Entrée à petits pas" » (Les Trente-Six Stratagèmes).

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Vous êtes un extra-terrestre (vraiment un extra-terrestre) et dès que vous ouvrez la bouche pour dire ce que vous croyez être la plus parfaite banalité, tous les terriens applaudissent et pensent que vous êtes un grand écrivain, un immense poète. Eclat de rire.

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Entendu à la télévision : « Même le plus bête des généraux évite de se battre sur deux fronts ».

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04/03/2007

Idée de texte, à proposer aux Editions Pierre Mainard : je fais une longue promenade, de nuit, dans Bordeaux illuminée, en compagnie de Jorge Luis Borges, et nous discutons de pourquoi on écrit, et de l'effet que cela produit sur le monde. Plus nous parlons, plus le jour se lève. Une aube à deux heures du matin.

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Lu je ne sais plus où, un employé menaçant son patron en ces termes : « Si je ne reçois pas d'augmentation de salaire, je dis à mes collègues que j'en ai reçu une ».

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Titre pour une autobiographie ? "Le monde de Marc".

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03/03/2007

Je suis ce que je suis, je sais ce que je sais, je fais ce que je peux, et je ne peux pas beaucoup. Depuis que je suis né, j'ai fait tous les efforts possibles, mais je n'ai jamais pu décoller vraiment, jamais aller plus loin que cet état souterrain qui est aujourd'hui le mien. Etc., etc., dans les siècles des siècles (comme on disait jadis).

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« Les étoiles feront se mouvoir les hommes aussi vite que l'animal le plus rapide » (Prophéties de Léonard de Vinci).

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02/03/2007

La vie professionnelle de l'écrivain déforme fortement sa vie privée.

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« Le printemps de dix-neuf cent soixante-sept. Les pelouses de la Cité universitaire. Le parc Montsouris. À midi, les ouvriers de la Snecma fréquentaient le café, au bas de l'immeuble. La place des Peupliers, l'après-midi de juin où j'ai appris qu'ils acceptaient mon premier livre. » (Patrick Modiano, Un pedigree).

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Dialogue entendu à la télévision :
— Est-ce qu'elle tombe facilement dans ce genre de pièges ?
— Elle connaît tous les pièges; c'est elle qui les a inventés !

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Expression : « Il parle comme une machine à écrire » (il peut ne jamais s'arrêter).

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01/03/2007

« Il y avait un grand festin pour les Fées » (Charles Perrault).

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Idée de texte : un monde dans lequel tous les gens sont aveugles et où seul le narrateur voit.

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« Je suis l'océan » (chanson de Neil Young).

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Dors beaucoup, marche beaucoup, lis un peu, écris si tu peux, et surtout pense juste. Deux et trois font cinq.

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28/02/2007

Il y a en permanence autour de moi des milliers de petits bonshommes invisibles qui, comme des statuettes égyptiennes, me protègent et m'aident à imposer mes textes.

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« Et que l'espérance chargée de feu te nourrisse » (Oracles Chaldaïques).

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27/02/2007

Nathalie Quintane, dans la biographie diffusée par son éditeur : « Je suis peu nombreuse mais je suis décidée ».

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Pourquoi je n'ai aucune disposition pour le suicide ? Parce que je suis curieux de vivre.

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La vie est brutale.

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25/02/2007

Il ne faut pas avoir peur, il faut écrire d'une main assurée. Les phrases sont comme les femmes : elles n'aiment pas les hommes qui doutent.

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Plus je dors, plus je baille.

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24/02/2007

Expression : « Il est frappa-dingue ».

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22/02/2007

« Je suis Lui en vérité » (Hallâj).

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Entendu à la télévision : quand on traverse une mauvaise passe au poker, on parle de "black day".

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21/02/2007

Dialogue :

— Quand est-ce que tout ça va prendre fin ?

— Ca ne fait que commencer...

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Ce texte est une oeuvre de fiction. Toute ressemblance
avec des personnages ou des faits réels
serait donc le fruit du hasard.
Ce texte est
© Marc Pautrel